ETF Marchés Émergents (EMIM, VFEM) : faut-il investir ?

Les marchés émergents (EM) attirent historiquement les investisseurs en quête de croissance supérieure à long terme. Parmi les ETF phares en France, iShares Core MSCI Emerging Markets IMI (EMIM - ISIN IE00BKM4GZ66, TER 0,18%) et Vanguard FTSE Emerging Markets (VFEM - ISIN IE00B3VVMM84, TER 0,22%) sont deux options populaires. Ce dossier analyse leurs caractéristiques, performances, expositions sectorielles et géographiques, afin de déterminer si les ETF EM restent une allocation pertinente en 2024 pour l’investisseur français intermédiaire.

1. Présentation des ETF EMIM et VFEM

Caractéristique EMIM (iShares Core MSCI EM IMI) VFEM (Vanguard FTSE EM)
ISIN IE00BKM4GZ66 IE00B3VVMM84
Indice de référence MSCI Emerging Markets Investable Market Index FTSE Emerging Markets All Cap China A Inclusion Index
TER 0,18 % 0,22 %
AUM (au 04/2024) ~10 Mds € ~4 Mds €
Nombre de titres ~2 700 ~1 200
Répartition géographique (principaux pays) Chine ~30 %, Corée du Sud ~13 %, Taïwan ~14 %, Inde ~9 % Chine ~30 %, Inde ~12 %, Taïwan ~14 %, Corée du Sud ~10 %
Répartition sectorielle Technologie 30 %, Finance 22 %, Consommation discrétionnaire 12 % Technologie 28 %, Finance 20 %, Consommation discrétionnaire 14 %
Distribution Capitalisation (réinvestissement dividendes) Distribution trimestrielle

2. Exposition géographique : la Chine domine

Les deux ETF consacrent environ 30 % de leur portefeuille à la Chine, qui reste de loin la plus grosse pondération des marchés émergents. Le poids combiné des autres pays asiatiques (Inde, Corée du Sud, Taïwan) dépasse 40 %. Notons que l’Inde, avec une croissance économique annuelle moyenne supérieure à 6 % sur la dernière décennie (FMI), représente environ 9-12 % des portefeuilles.

La forte exposition à la Chine est un facteur double tranchant : d’un côté, la deuxième économie mondiale, avec un fort potentiel de redressement post-pandémie, et de l’autre, des risques politiques accrus (régulation, tensions géopolitiques US-Chine) qui pèsent sur la valorisation des valeurs chinoises.

3. Performance sur 10 ans : sous-performance vs marchés développés

Sur la décennie 2014-2023, les marchés émergents ont sous-performé les marchés développés. En euros, le MSCI Emerging Markets (référence EMIM) a généré une performance annualisée d’environ 4,5 % tandis que le MSCI World (marchés développés) a délivré près de 8 % par an. La volatilité des EM reste plus élevée (environ 18 % vs 14 % pour le MSCI World).

Cette sous-performance s’explique notamment par :

  • Les difficultés économiques et politiques en Chine, qui pèsent sur la croissance et les marchés.
  • Les valorisations plus élevées en Chine et Inde, limitant le potentiel de hausse.
  • La force du dollar ces dernières années défavorisant les actifs en devises locales.

À noter qu’en 2023, les marchés émergents ont rebondi (+10 % environ) grâce à la détente des tensions géopolitiques et la reprise économique chinoise, mais restent en retrait sur 3-5 ans.

4. Arguments pour investir dans EMIM ou VFEM

  • Potentiel de croissance supérieur à long terme : Les marchés émergents hébergent plus de la moitié de la population mondiale et devraient croître en moyenne 4-6 % par an, contre 2-3 % pour les développés. L’Inde, notamment, bénéficie d’une démographie favorable et d’une digitalisation rapide.
  • Diversification géographique : L’exposition aux économies asiatiques, mais aussi à l’Amérique latine et à l’Europe de l’Est, réduit la corrélation avec les actifs occidentaux.
  • Valorisations attractives : Malgré la récente remontée, les PER moyens se situent autour de 15-18x, inférieurs aux marchés développés (20-22x).
  • Frais très compétitifs : TER inférieurs à 0,25 % pour EMIM et VFEM, ce qui optimise le rendement net de frais.
  • Accessibilité : Ces ETF sont cotés en Europe, en euros, facilitant l’investissement direct via PEA ou CTO.

5. Arguments contre et risques associés

  • Risques politiques et réglementaires : En Chine, la régulation sectorielle (technologie, immobilier) reste imprévisible. Les tensions commerciales sino-américaines peuvent resurgir.
  • Volatilité élevée : Les marchés émergents connaissent des fluctuations plus importantes, ce qui peut générer des pertes sensibles à court et moyen terme.
  • Dépendance à la conjoncture mondiale : La demande mondiale, notamment industrielle, impacte fortement les économies émergentes exportatrices.
  • Concentration sectorielle : Ces ETF sont très exposés aux secteurs technologiques et financiers, qui peuvent souffrir simultanément en cas de crise.
  • Performance récente décevante : La sous-performance persistante sur 10 ans peut décourager certains investisseurs cherchant un rendement plus stable.

6. Comparaison EMIM vs VFEM : lequel choisir ?

Critère EMIM VFEM
TER 0,18 % (plus faible) 0,22 %
Nombre de titres ~2 700 (plus diversifié) ~1 200
Indice MSCI EM IMI (inclut petites et moyennes capitalisations) FTSE EM All Cap China A Inclusion (plus large incluant actions A chinoises)
Exposition Chine ~30 % ~30 %
Distribution Capitalisation (dividendes réinvestis) Distribution trimestrielle
Liquidité Très élevée (volume supérieur) Bonne, mais moindre

EMIM est souvent privilégié pour sa liquidité et son coût plus faible, ainsi que sa couverture plus large des petites et moyennes capitalisations émergentes. VFEM inclut les actions A chinoises, ce qui peut offrir une exposition plus complète à la Chine domestique, mais avec une volatilité potentiellement accrue.

7. Verdict pour l’investisseur français intermédiaire

Les ETF EMIM et VFEM restent des outils pertinents pour diversifier un portefeuille avec une allocation aux marchés émergents, notamment en vue d’une exposition à la croissance asiatique. Toutefois, l’investisseur doit accepter une volatilité plus élevée et une sous-performance potentielle sur le court et moyen terme.

Pour un investisseur français intermédiaire :

  • Privilégier EMIM pour son TER inférieur, sa liquidité et sa diversification sectorielle et géographique plus large.
  • Allouer une partie modérée du portefeuille (10-15 %) aux marchés émergents, en complément d’une base solide sur les marchés développés.
  • Être patient : l’horizon d’investissement recommandé est supérieur à 5 ans pour lisser la volatilité.
  • Surveiller activement les évolutions géopolitiques et économiques, en particulier en Chine et en Inde.

En conclusion, investir dans EMIM ou VFEM est justifié dans une stratégie diversifiée à long terme, mais ne doit pas constituer la majorité du portefeuille en raison des risques spécifiques aux marchés émergents.