Le ministre des Finances japonais Satsuki Katayama a annoncé que le GPIF, le plus grand fonds de pension du monde, va accroître ses investissements domestiques. Cette politique de 'capitalisme national' pourrait renforcer l'attrait du bitcoin et de l'or comme réserves de valeur.
Le plan japonais d'investissement local et son impact sur le bitcoin et l'or
Le bitcoin s'échangeait autour de 64 000 dollars vendredi, en hausse modérée, après que la ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama, a dévoilé un plan visant à orienter le Government Pension Investment Fund (GPIF) – le plus grand fonds de pension au monde – vers des investissements domestiques accrus. Cette annonce, faite en début de journée à Tokyo, conforte la thèse d’un « capitalisme national » qui profiterait aux actifs rares comme le bitcoin et l’or, mais pourrait aussi provoquer des turbulences à court terme sur les marchés globaux.
Katayama confirme le virage domestique du GPIF
Lors de déclarations rapportées par CoinDesk, Satsuki Katayama a indiqué que le gouvernement japonais « oriente activement » le GPIF pour qu’il augmente « substantiellement » ses investissements dans les actifs financiers domestiques, y compris les obligations d’État. Cette décision intervient alors que le ratio dette publique/PIB du Japon dépasse 200 %, un niveau record parmi les économies développées, et que les rendements obligataires nippons ont atteint des plus hauts de trois décennies, mettant le yen sous pression. Le plan s’inscrit dans l’objectif plus large du gouvernement de rééquilibrer les actifs financiers des ménages, actuellement massivement orientés vers le cash et les dépôts, vers les actions, les fonds communs de placement et les obligations.
Le « capitalisme national » selon Russell Napier
Cette stratégie correspond à la prédiction de l’historien financier Russell Napier, qui anticipait que les nations fortement endettées se tourneraient vers un « capitalisme national » – ou capitalisme dirigé par l’État. Dans ce schéma, le gouvernement force les institutions d’épargne domestiques à acheter ses obligations et autres actifs locaux afin de plafonner les rendements et de les maintenir en dessous de l’inflation. En substance, les rendements obligataires réels deviennent négatifs : le revenu fixe ne compense plus l’inflation. Cette forme cachée de taxation, déjà utilisée par plusieurs pays après la Seconde Guerre mondiale, permet aux autorités de financer leurs déficits à moindre coût, d’éroder progressivement la valeur réelle de la dette par une inflation modérée, et d’éviter des alternatives plus douloureuses comme un défaut pur et simple ou une austérité sévère. CoinDesk souligne que d’autres nations endettées, comme les États-Unis, le Royaume‑Uni et les pays européens, pourraient suivre cette voie prochainement.
Bitcoin et or, les grands gagnants de l’inflation obligataire
Dans un tel environnement, les investisseurs cherchent des actifs à offre limitée, capables de préserver le pouvoir d’achat. Le bitcoin et l’or sont les bénéficiaires naturels de cette dynamique. CoinDesk note que le bitcoin a déjà fait ses preuves : les prix de l’immobilier mesurés en bitcoin apparaissent bien moins chers qu’en dollars. L’analyste Omkar Godbole, auteur de la note, rappelle que le bitcoin a déjà démontré sa capacité à servir de réserve de valeur dans des contextes de répression financière.
Un risque de contagion à court terme sur les actifs risqués
Mais le plan japonais comporte un risque de court terme non négligeable. Le GPIF détient actuellement 931 milliards de dollars d’actifs étrangers, dont 232,1 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Un simple réallocation d’une partie de ces capitaux vers des actifs domestiques pourrait provoquer des tensions sur Wall Street, selon CoinDesk. Une vente d’actifs étrangers par le GPIF pourrait engendrer de l’aversion au risque et des ventes dans tous les compartiments du marché, y compris les crypto-monnaies. Les investisseurs devront donc surveiller de près les flux du GPIF dans les prochains mois, car même un ajustement marginal pourrait avoir des conséquences disproportionnées sur les marchés obligataires et actions mondiaux.
Le précédent historique : la répression financière d’après‑guerre
Le mécanisme décrit par Napier n’est pas nouveau. Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs pays, dont les États‑Unis et le Royaume‑Uni, ont utilisé des politiques de « répression financière » pour réduire le fardeau de leur dette. En maintenant les taux d’intérêt artificiellement bas et en orientant l’épargne nationale vers les obligations d’État, ils ont réussi à éroder la valeur réelle de la dette par une inflation modérée, tout en évitant un défaut. Le Japon, avec sa dette publique colossale, semble aujourd’hui suivre la même voie. La différence est que les investisseurs ont désormais accès à des actifs numériques comme le bitcoin, qui offrent une alternative décentralisée et à offre limitée, hors de portée des politiques de répression financière.
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