Un nouveau working paper de la Banque des Règlements Internationaux montre qu’une hausse de 0,01 % des taux de dépôt aux États‑Unis ralentit la progression hebdomadaire du capital des stablecoins, passant de 15 % à 12 % sur dix semaines, avec un effet plus marqué sur l’USDC que sur l’USDT.
Une hausse de 0,01 % des taux de dépôt bancaires aux États‑Unis ralentirait la croissance hebdomadaire du capital des stablecoins de 15 % à 12 % sur une période de dix semaines, d’après un working paper de la Banque des Règlements Internationaux (BIS) publié le 17 octobre 2026 (source : CoinDesk). Les auteurs, Rashad Ahmed et Iñaki Aldasoro, y analysent des données hebdomadaires de janvier 2019 à juin 2025, en contrôlant les cours du Bitcoin, les rendements du Trésor américain et les conditions financières globales.
Une hausse d’un point de base des dépôts freine la progression des stablecoins
Le modèle statistique du BIS indique qu’une hausse d’un point de base (0,01 %) du taux moyen des dépôts bancaires américains prédit une décélération de la croissance du marché des stablecoins, réduisant le taux moyen de progression de 15 % à 12 % sur dix semaines. Cette relation demeure significative même après ajustement pour les variations du prix du Bitcoin et des rendements obligataires, ce qui montre que le mécanisme n’est pas simplement un reflet de la volatilité des actifs numériques.
Lorsque les auteurs appliquent leur estimation préférée, qui suppose que les banques augmentent leurs taux en réponse à la montée des stablecoins, la décélération s’accentue, la croissance moyenne tombant à environ 6 % sur la même période. Ils avertissent toutefois que cette méthode repose sur des hypothèses plus fortes et présente des faiblesses méthodologiques, comme le souligne le document.
Le phénomène est plus prononcé pour le stablecoin USDC de Circle que pour le géant Tether (USDT). Les chercheurs l’interprètent comme le reflet de la plus grande exposition de l’USDC aux utilisateurs américains, qui réagissent plus rapidement aux variations de l’attractivité des dépôts bancaires.
Contexte de taux élevés aux États‑Unis depuis 2022
Le tableau des dépôts a été remodelé depuis la remontée des taux directeurs de la Fed en 2022, poussant les banques à offrir des rendements plus attractifs pour retenir leurs clients. Cette dynamique a culminé en 2024‑2025, période étudiée par le BIS, où les taux de dépôt ont atteint des niveaux historiquement élevés, créant un environnement propice à tester l’impact sur les stablecoins.
Brian Moynihan, PDG de Bank of America, avait déjà averti en janvier 2024 que jusqu’à 6 trillions de dollars de dépôts pourraient migrer vers les stablecoins et les produits associés offrant de meilleurs rendements, menaçant la capacité de prêt des banques et augmentant les coûts d’emprunt (source : CoinDesk). Cette mise en garde a renforcé l’intérêt des régulateurs pour les mécanismes de substitution entre dépôts traditionnels et actifs numériques.
Parallèlement, une analyse du personnel de la Réserve fédérale publiée en décembre 2025 a expliqué que les fonds placés dans les stablecoins peuvent revenir aux banques sous forme de dépôts d’émetteurs, modifiant la composition du financement bancaire même si le total des dépôts reste stable.
Mécanisme de substitution entre dépôts et stablecoins
Lorsque les banques offrent des taux plus élevés, les déposants à forte sensibilité aux rendements sont incités à rester dans le système bancaire plutôt qu’à transférer leurs liquidités vers des stablecoins qui promettent des rendements similaires ou supérieurs. Cette substitution réduit la demande de stablecoins, d’où la décélération observée dans le modèle du BIS.
Le rapport de la Fed souligne que les émetteurs de stablecoins, comme Circle et Tether, déposent les réserves correspondantes dans des comptes bancaires, ce qui signifie que les flux entrants vers les stablecoins se traduisent finalement par des dépôts bancaires supplémentaires. Cependant, ces dépôts sont souvent non assurés et de taille importante, obligeant les banques à augmenter leurs réserves de liquidité et à réduire leur capacité à octroyer des prêts à moyen et long terme.
En augmentant les taux de dépôt pour les clients les plus mobiles, les banques peuvent retenir les capitaux susceptibles de migrer, tout en maintenant des taux plus bas pour les déposants moins susceptibles de changer de fournisseur. Cette segmentation tarifaire crée un arbitrage de rendement qui, selon le BIS, suffit à ralentir la croissance du marché des stablecoins sans l’inverser complètement.
Conséquences pour les acteurs du marché des stablecoins
Les résultats du BIS indiquent que, même avec une hausse marginale des taux de dépôt, la croissance du capital des stablecoins reste positive mais plus modérée : la moyenne passe de 15 % à 12 % sur dix semaines, et dans le scénario préféré à 6 %. Cette décélération ne signifie pas une chute du marché, mais elle indique une sensibilité accrue aux politiques de rémunération des dépôts bancaires.
Pour l’USDC, dont la base d’utilisateurs est fortement américaine, la réaction est plus nette, ce qui pourrait pousser Circle à reconsidérer sa stratégie de placement des réserves ou à offrir des incitations supplémentaires pour maintenir son attractivité. Tether, plus global, montre une réponse moins prononcée, suggérant que sa clientèle diversifiée est moins sensible aux variations de taux aux États‑Unis.
Ces dynamiques sont cruciales pour les investisseurs qui suivent les capitalisations des stablecoins via des plateformes de suivi on‑chain. Une croissance plus lente peut réduire les flux de capitaux vers les projets DeFi qui s’appuient sur l’USDC ou l’USDT comme monnaie de référence, impactant indirectement les volumes d’échanges et les rendements des stratégies de yield farming.
Implications pour le système bancaire américain
En offrant des taux plus élevés, les banques augmentent leurs coûts de financement. Le rapport de la Fed indique que cette hausse des coûts peut se répercuter sur les marges d’intérêt nettes, limitant la capacité des établissements à financer des prêts à plus long terme, notamment dans les secteurs immobilier et industriel.
De plus, la nécessité de maintenir des réserves de liquidité plus importantes face à des dépôts non assurés de grande taille pourrait contraindre les banques à réduire leurs positions en actifs à rendement plus élevé, ce qui affecterait leurs bilans et leurs ratios de capital.
Enfin, la capacité des banques à cibler des taux plus attractifs aux déposants les plus mobiles crée une forme de différenciation tarifaire qui pourrait encourager une concurrence accrue entre les institutions, poussant l’ensemble du système à un niveau de rémunération des dépôts historiquement élevé.
Limites de l’étude et perspectives
Les auteurs reconnaissent que leur analyse repose sur une seule période de taux élevés, ce qui limite la généralisation des résultats à d’autres cycles de politique monétaire. Ils soulignent également que le modèle ne capture pas les éventuels effets de réglementation future sur les stablecoins, ni les innovations de produit qui pourraient modifier la sensibilité des utilisateurs aux taux de dépôt.
Malgré ces réserves, le working paper du BIS fournit une première quantification empirique du pouvoir des banques de moduler la demande de stablecoins via la politique de rémunération des dépôts. Les régulateurs et les acteurs du marché surveilleront probablement de près les évolutions des taux de dépôt dans les prochains cycles de resserrement monétaire.
En conclusion, le constat le plus tangible reste que, selon le BIS, chaque point de base ajouté aux taux de dépôt américains réduit la croissance hebdomadaire du capital des stablecoins d’environ 3 points de pourcentage, un effet qui se traduit concrètement par une décélération de la dynamique du marché, surtout pour l’USDC.
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