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UBS : pourquoi l'ère du passif cède la place à l'investissement actif selon Hoffmann-Burchardi

Ulrike Hoffmann-Burchardi d'UBS souligne un tournant majeur : après dix ans dominés par les méga-capitalisations et l'investissement passif, les marchés favorisent désormais l'approche active. Explications et conséquences pour l'investisseur français.

TM
Analyste financier senior·mardi 19 mai 2026 à 04:377 min
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UBS : pourquoi l'ère du passif cède la place à l'investissement actif selon Hoffmann-Burchardi

Après une décennie où les méga-capitalisations ont dominé les marchés, renforcées par la montée en puissance des fonds indiciels passifs, un changement de paradigme s'opère. Ulrike Hoffmann-Burchardi, directrice des actions globales chez UBS Global Wealth Management, a expliqué sur Bloomberg Surveillance que le contexte actuel favorise un retour à l'investissement actif.

Un contexte inédit : la fin de la suprématie des méga-capitalisations

Depuis les années 2010, les fonds passifs ont massivement investi dans les plus grandes capitalisations, entraînant une concentration extrême du marché autour de quelques valeurs phares. Cette dynamique a notamment profité aux géants technologiques américains, qui ont souvent surperformé le marché. Cependant, selon UBS, cette tendance montre des signes d’essoufflement. Hoffmann-Burchardi rappelle que ce modèle, s’il a généré des résultats solides, a aussi limité les opportunités pour les investisseurs à la recherche de diversification et de valorisations attractives.

Les marchés ne sont plus aussi uniformes qu’avant. L’émergence de nouvelles tendances sectorielles et géographiques offre désormais un terrain favorable à une gestion plus sélective et dynamique. Ce contexte ouvre la voie à une meilleure identification des valeurs sous-évaluées ou à fort potentiel de croissance, difficilement captées par les ETF traditionnels.

Pourquoi l'investissement actif reprend le dessus

La stratégie active permet d'adapter ses positions aux évolutions rapides des marchés, en tirant parti des inefficiences souvent ignorées par les fonds passifs. Hoffmann-Burchardi souligne qu’après une décennie où la croissance était portée par un nombre limité d’acteurs, l’environnement actuel est plus fragmenté et volatile, favorisant la recherche approfondie et le stock picking.

Par ailleurs, les valorisations élevées des méga-capitalisations suscitent un besoin accru de diversification. Les gestionnaires actifs peuvent ainsi exploiter des segments moins liquides ou plus cycliques du marché, ce qui peut générer une meilleure performance ajustée du risque. Cette évolution est aussi soutenue par une prise de conscience grandissante des investisseurs sur les limites du passif, notamment en matière d’exposition et de contrôle des risques.

Quelles conséquences pour l'investisseur français ?

Pour l’investisseur particulier en France, cette tendance vers l’investissement actif doit être envisagée à travers ses supports habituels : le PEA, le compte-titres ordinaire (CTO) et l’assurance-vie. Le PEA, notamment, offre un cadre fiscal avantageux pour investir en actions européennes. Il est donc pertinent de considérer des fonds actifs ou des ETF à gestion active éligibles au PEA qui ciblent des segments peu exploités par les indices classiques.

Les ETF traditionnels, tels que l’ETF MSCI World CW8 ou l’ETF S&P 500 PEA, restent des piliers pour diversifier son portefeuille, mais il est désormais judicieux de compléter avec des fonds actifs spécialisés en petites et moyennes valeurs européennes ou dans des secteurs en mutation rapide. Ces stratégies peuvent être accessibles via des contrats d’assurance-vie multisupports ou directement en CTO pour une plus grande flexibilité.

Enfin, l’investissement actif requiert une sélection rigoureuse des gestionnaires et une attention accrue à la qualité de la gestion. Des plateformes comme Degiro ou Trade Republic offrent désormais un accès facilité à une large gamme de fonds actifs, permettant à l’investisseur français de diversifier efficacement son portefeuille.

Comment intégrer l'investissement actif dans sa stratégie globale ?

Il s’agit avant tout d’équilibrer son exposition entre passif et actif pour profiter des avantages respectifs de chaque approche. L’investissement actif peut apporter un potentiel de surperformance et une meilleure gestion des risques, mais souvent à un coût plus élevé. Il est donc recommandé de ne pas renier totalement les fonds indiciels, qui restent un socle solide et peu coûteux.

Par ailleurs, adopter une démarche active implique un suivi plus régulier de ses placements, une compréhension approfondie des marchés et une capacité à identifier les tendances émergentes. La diversification géographique et sectorielle devient essentielle pour réduire la volatilité, notamment dans un environnement économique incertain.

Un tournant stratégique dans la gestion de portefeuille

Selon UBS, la dynamique actuelle pourrait marquer une nouvelle ère où l’investissement actif reprend une place centrale, en particulier dans un contexte où les valorisations sont moins uniformes et où les facteurs économiques et géopolitiques imposent une adaptation constante. Cette évolution est une opportunité pour les investisseurs prêts à adopter une approche plus fine et personnalisée.

Les investisseurs français, en particulier ceux ayant un horizon moyen à long terme, gagneraient à réévaluer la structure de leurs portefeuilles pour intégrer davantage d’actifs gérés activement, tout en profitant des outils fiscaux disponibles comme le PEA ou l’assurance-vie. Cette stratégie pourrait favoriser une meilleure performance ajustée au risque dans les années à venir.

Les racines historiques de la dominance passive et ses limites

La montée en puissance des fonds indiciels passifs remonte aux années 2000, portée par la promesse d’une gestion simplifiée et peu coûteuse. Cette approche s’est accélérée durant la dernière décennie, notamment avec la popularisation des ETF, qui ont permis un accès facile et transparent aux indices boursiers mondiaux. Cette stratégie a été particulièrement efficace dans un contexte de marché haussier prolongé, où les grandes capitalisations ont largement surperformé.

Cependant, cette concentration a conduit à une forme de bulle sur certains segments, avec des valorisations parfois déconnectées des fondamentaux. En outre, l’absence de gestion active signifie que les portefeuilles passifs ne peuvent pas s’adapter en temps réel aux chocs économiques ou géopolitiques, exposant ainsi les investisseurs à des risques spécifiques. Ces limites expliquent en partie le regain d’intérêt pour une gestion plus proactive.

Les enjeux tactiques de l’investissement actif dans un environnement incertain

Dans un contexte actuel marqué par une volatilité accrue et des incertitudes géopolitiques, l’investissement actif permet une flexibilité stratégique précieuse. Les gestionnaires peuvent ajuster rapidement leurs positions en fonction des signaux économiques, des changements réglementaires ou des évolutions sectorielles, ce que ne permettent pas les fonds passifs liés à un indice fixe.

Cette capacité d’adaptation est d’autant plus importante que les cycles économiques deviennent plus courts et que les facteurs d’influence se multiplient. Par exemple, les tensions commerciales, les politiques monétaires divergentes ou les transitions énergétiques constituent autant de variables à prendre en compte dans la construction et la gestion d’un portefeuille actif. Le stock picking devient alors un outil clé pour identifier les entreprises capables de tirer parti de ces changements.

Perspectives : vers une complémentarité renforcée entre actif et passif

Plutôt qu’une opposition stricte entre actif et passif, le marché semble évoluer vers une complémentarité accrue, où chaque approche trouve sa place selon les objectifs et le profil de risque de l’investisseur. L’investissement passif continue de représenter une base solide pour une exposition large et peu coûteuse, tandis que l’actif apporte la finesse nécessaire pour optimiser la performance et gérer les risques spécifiques.

Cette tendance devrait encourager une diversification non seulement sectorielle et géographique, mais aussi méthodologique. L’intégration de solutions à gestion active au sein d’un portefeuille dominé par le passif permet d’améliorer la résilience et d’exploiter les opportunités dans des segments moins explorés. Ainsi, l’avenir de la gestion de portefeuille pourrait se dessiner autour d’une synergie intelligente entre ces deux mondes.

En résumé

La décennie passée a été dominée par les méga-capitalisations et la croissance des fonds passifs, mais le paysage financier évolue vers une plus grande complexité et fragmentation. Ulrike Hoffmann-Burchardi d’UBS Global Wealth Management souligne que ce contexte favorise un retour à l’investissement actif, permettant une gestion plus fine et adaptée aux nouvelles réalités du marché. Pour l’investisseur français, cela implique de rééquilibrer son allocation en intégrant davantage de fonds actifs, tout en conservant une base solide en passif. Cette approche hybride, soutenue par une sélection rigoureuse des gestionnaires et une diversification accrue, constitue une opportunité stratégique pour améliorer la performance ajustée au risque dans un environnement économique incertain.

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