Les data centers, concentrant entre 20 et 30 milliards de dollars d’actifs assurables, pourraient bientôt être couverts par des catastrophe bonds. Selon CNBC, le premier titre dédié pourrait voir le jour dans les 12 à 18 prochains mois, offrant aux assureurs une bouffée d’air frais.
Les data centers accumulent aujourd’hui des actifs évalués à plusieurs dizaines de milliards de dollars, un niveau qui dépasse déjà la capacité des assureurs traditionnels à couvrir les risques liés aux catastrophes naturelles. Cette concentration d’actifs, souvent située dans des zones exposées aux ouragans, inondations ou coupures d’énergie, crée une pression croissante sur le marché de l’assurance, qui peine à trouver des capacités suffisantes.
Les data centers accumulent des actifs de plusieurs dizaines de milliards de dollars
Le boom des hyperscale data centers a engendré la création d’actifs physiques dont la valeur totale se chiffre en dizaines de milliards de dollars, selon le rapport de CNBC. Cette accumulation rapide rend les risques de sinistre – incendie, dégâts des eaux, pannes d’alimentation – particulièrement difficiles à modéliser pour les assureurs classiques, qui doivent désormais couvrir des sites d’une valeur comparable à celle de petites villes. Le phénomène est accentué par la localisation géographique de nombreux campus, souvent dans des régions à forte exposition aux catastrophes naturelles.
En comparaison, le marché global des catastrophe bonds (CAT bonds) ne représente que 66 milliards de dollars d’encours, ce qui montre l’ampleur relative du défi. Un seul campus hyperscale peut ainsi contenir entre 20 et 30 milliards de dollars d’assurabilité, soit près d’un tiers de l’ensemble du marché des CAT bonds existant. Cette disproportion souligne l’insuffisance des solutions d’assurance traditionnelles pour absorber de tels volumes de risque (source : CNBC).
Un campus hyperscale peut représenter jusqu’à 30 % du marché des CAT bonds
Ethan Powell, principal et CIO de Brookmont Capital Management, rappelle que « un campus peut porter une valeur assurée équivalente à environ un tiers de chaque catastrophe bond existant ». Cette affirmation met en lumière le déséquilibre entre la taille des actifs à protéger et la capacité actuelle du marché à absorber ces risques. Powell souligne également que, à ce jour, aucun dollar de risque lié aux data centers n’a encore été transféré vers les CAT bonds.
Le constat de Powell s’appuie sur le fait que les assureurs et réassureurs utilisent aujourd’hui des mécanismes intermédiaires – quota shares, sidecars et nouvelles structures de réassurance – pour tenter de couvrir ces risques, mais que ces solutions restent insuffisantes pour absorber la totalité du potentiel de perte. Le passage à des titres de type CAT bond apparaît donc comme une évolution logique, permettant de mobiliser le capital des investisseurs pour couvrir des sinistres majeurs (source : CNBC).
Le premier CAT bond dédié aux data centers attendu d’ici 12 à 18 mois
Selon Powell, « je m’attends à ce que le premier deal dédié aux data centers voie le jour dans les 12 à 18 prochains mois ». Cette prévision repose sur l’émergence d’une demande croissante de la part des assureurs, qui cherchent à diversifier leurs sources de capacité en s’appuyant sur les marchés de capitaux. Le timing de ce lancement coïncide avec la phase d’expansion la plus rapide du secteur, où chaque nouveau campus ajoute entre 20 et 30 milliards de dollars d’actifs assurables.
Le mécanisme envisagé serait similaire à celui des CAT bonds classiques, créés dans les années 1990 pour financer les pertes liées aux ouragans, tremblements de terre ou autres catastrophes naturelles. Les investisseurs achèteraient ces titres, acceptant de perdre tout ou partie de leur capital si un événement déclencheur (incendie, inondation, panne d’énergie) se produit dans un data center couvert. En contrepartie, ils recevraient des coupons généralement supérieurs aux rendements obligataires traditionnels, reflétant le risque de perte élevé (source : CNBC).
Les assureurs traditionnels peinent à couvrir les risques de data centers
Les assureurs classiques se heurtent à plusieurs obstacles lorsqu’ils tentent de couvrir les data centers. D’une part, la modélisation des risques – notamment les dommages causés par le feu ou les interruptions d’activité – reste très complexe, car les scénarios de sinistre sont rares et les données historiques limitées. D’autre part, la concentration géographique des campus dans des zones à forte exposition aux catastrophes naturelles augmente la probabilité d’un impact simultané sur plusieurs sites.
Face à ces défis, les réassureurs ont recours à des structures de réassurance « upstream », comme les quota shares, qui répartissent le risque entre plusieurs parties, mais ces solutions ne suffisent pas à absorber la totalité du potentiel de perte. Powell indique que « l’arithmétique ne fonctionne pas », d’où la nécessité de transférer le risque vers les marchés de capitaux via les CAT bonds. Cette transition pourrait également offrir aux assureurs une meilleure visibilité sur leurs engagements futurs, en fixant les conditions de déclenchement à l’avance.
Les CAT bonds : un mécanisme né dans les années 1990 pour les catastrophes naturelles
Les catastrophe bonds ont vu le jour au début des années 1990, conçus pour lever des fonds destinés à couvrir les pertes d’assureurs après des catastrophes majeures. Depuis, le marché a évolué pour inclure une variété de périls, mais il reste largement centré sur les risques climatiques traditionnels. L’introduction d’un segment dédié aux data centers représenterait une première extension du champ d’application de ces titres vers des actifs technologiques à forte valeur ajoutée.
Le potentiel de ce nouveau segment repose sur la capacité des investisseurs à accepter un risque de perte lié à des événements très spécifiques, en échange de rendements supérieurs. Si le premier CAT bond dédié aux data centers se concrétise dans les prochains mois, il pourrait ouvrir la voie à d’autres titres similaires, couvrant des infrastructures critiques comme les réseaux de télécommunications ou les installations de production d’énergie. Le marché des CAT bonds, alors limité à 66 milliards de dollars, pourrait ainsi connaître une expansion significative, portée par la demande d’assurance des acteurs du secteur numérique (source : CNBC).
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